Malcolm & Marie

2021 – réalisé par Sam Levinson, avec Zendaya et John David Washington

Lui, Malcolm, est réalisateur et vient de présenter en avant-première son dernier film. C’est un triomphe. De son côté, Marie n’a pas passé une aussi plaisante soirée que son compagnon. Ils rentrent tous deux à leur domicile, l’un exalté, l’autre boudeuse. Une nuit intense les attend, entre débats cinématographiques, disputes conjugales, étreintes et règlements de compte.

Filmant en noir et blanc un couple qui se déchire, Malcom & Marie évoque immédiatement Qui a peur de Virignia Woolf ?, classique du cinéma américain qui montre l’impitoyable cruauté du couple monstrueux et sacré Elizabeth Taylor/Richard Burton qui se méprisent sans jamais parvenir à se séparer. Le projet est ambitieux et donne le ton dès son ouverture à grands renforts de musique soul, de plans séquences sans fluidité et d’un monologue surécrit et surjoué. On le comprend vite : oui, ce film sera prétentieux et baignera dans l’autocomplaisance et laissera le spectateur de côté.

C’est hélas le grand défaut de ce film : déterminé à prouver sa virtuosité au public, Sam Levinson livre un objet artificiel et vain où l’émotion ne parvient que trop rarement à se faire une place. Dommage, car c’est dans les rares moments où le film est dépouillé de tous ses artifices arty qu’il devient le plus puissant et le plus prenant.

Le film est surtout sauvé par ses deux acteurs qui, lorsqu’ils ne sont pas contraints de se dépatouiller d’un texte qui manque parfois d’authenticité et d’une mise en scène pataude, parviennent toutefois à insuffler de la vie à leurs personnages.
John David Washington fait preuve d’une énergie rare tout en composant avec des émotions plus  nuancées.
Zendaya, initialement issue des productions Disney, se révèle. Elle montre l’étendue de son jeu d’actrice, plus mûr, mais aussi trop jeune pour son rôle. Car, si parler de l’usure d’un couple prend tout son sens avec une Elizabeth Taylor et un Richard Burton vieillissants, abîmés par les médicaments et l’alcool, et dont les coups d’éclats sentimentaux ont alimenté la presse à maintes reprises, choisir une lisse et fraîche actrice d’à peine 24 ans convainc beaucoup moins. Malgré le talent de Zendaya, il y a un décalage entre la force, la maturité de ses mots, la désillusion de Marie et le corps qui les incarne.

S’apparenter à un grand classique hollywoodien a beau être un parti pris audacieux, l’héritage n’en est pas moins très lourd, et Malcolm & Marie parvient rarement à faire oublier son inspiration, ne s’affranchit et ne décolle jamais. L’évolution du scénario et la fin sont attendus, on frôle le remake modernisé… et raté.

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